L'ORIGINE

Deux nécessités vitales

Le projet Cinéastes Associés s'enracine dans l'évidence d'une double nécessité:
- au plan individuel: pour un réalisateur, il est vital de tourner. Comme dans toute activité, c'est en pratiquant qu'on progresse. Dans l'état actuel des choses, il s'écoule le plus souvent plusieurs années entre deux longs métrages. Cela ne favorise pas l'épanouissement d'une vraie maîtrise de cinéaste.
- au plan de notre communauté: pour assurer la vitalité et la diversité d'une cinématographie, il est essentiel qu'il existe des champs de "recherche et développement", des champs où de nouveaux talents peuvent s'épanouir dans une certaine liberté.
- C'est logique dans un contexte mondial qui tend au formatage de la culture et au nivellement de la diversité. Pour qu'une culture propre puisse conserver un espace vital d'identité.
- C'est d'autant plus logique dans le contexte singulier d'une cinématographie dynamique, innovante et reconnue comme celle de la CFWB. Le succès provoque un effet d'entraînement, un appel d'air du côté des talents. Et ne pas développer cette tendance serait une aberration.

On sait que le gros obstacle reste l'accès aux sources de financement, trop étriquées dans notre petite communauté. Compte tenu du nombre de projets déposés et des conditions économiques difficiles de financement, la Commission du Film constitue, entre autres, un goulet d'étranglement auquel se heurtent trop des talents en puissance, voire des réalisateurs reconnus. Il est vrai que le cinéma est un art qui coûte cher. Mais pas nécessairement.

C'est arrivé près de chez nous

Ce n'est pas un hasard si plusieurs de nos collègues ont ces dernières années décidé de tourner à l'arraché des films 'zéro-budget', rendus possibles grâce aux nouvelles technologies légères mais surtout à la bonne volonté de tous les participants: Folie privée et Ça rend heureux de Joachim Lafosse, La Couleur des mots et Coquelicots de Philippe Blasband, Strass et Ordinary Man de Vincent Lannoo ou encore le récent Comme à Ostende de Delphine Lehericey ne sont que la partie émergeante d'un iceberg qui ne cesse de grossir, révélant toujours plus de talents dans notre communauté, tant chez les cinéastes et les techniciens que chez nos comédiens. Une véritable tradition de production sauvage et légère, héritée de C'est arrivé près de chez vous, s'installe chez nous. Et cette floraison de films 'zéro-budget' constitue la preuve tangible des nécessités vitales évoquées en ouverture.

Ce phénomène n'est d'ailleurs pas propre à notre communauté: on trouve l'équivalent de cette tendance "ultra low budget" dans de nombreux pays d'Europe et du monde, et même aux Etats-Unis, en marge de la production des grands studios. Nous sommes donc entourés de preuves qu'il est possible de faire certains films de manière différente, avec une légèreté de production qui, loin de la brider, amplifie la liberté créative. Voir à ce propos le récent ouvrage coordonné par Frédéric Sojcher et Luc Delisse Films à petits budget : contrainte ou liberté ?publié aux éditions du Rocher.

On doit cependant déplorer que cette cinématographie ne puisse s'épanouir que sur le bénévolat de l'équipe artistique et technique. Ce sont toujours les "ressources humaines" qui sont mises à contribution.

Encadrer l'élan vital

Les instances responsables de la culture et de l'audiovisuel ne peuvent plus ignorer cette nouvelle dynamique. Dans plusieurs pays d'Europe, des initiatives ont été prises pour soutenir et encadrer cet élan vital. Citons entre autres:
- en Angleterre, la structure MICROWAVE (soutenue par Film London, BBC, England Lottery, sous la présidence de Stephen Frears)
- au Danemark, le NEW DANISH SCREEN (soutenu par Danish Film Institute, Danish Broadcasting Corp., TV-2 Denmark)
- en Irlande, CATALYSTPROJECT (Irish Film Board, Screen Training Ireland, Filmbase, BC-I, TV3, Arts Council)
- en Suède, ROOKIE (SVT, Film I Vast, Filmpool Nord, Swedish Film Institute)
- et en France, MICROFILMS (chaîne Ciné Culte...)

En 2003, l'ARRF (Association des Réalisateurs et Réalisatrices de Film de la CFWB) a initié, avec le soutien du Ministre de l'audiovisuel de l'époque, un vaste chantier autour de cette problématique des "films à petits budgets":
- d'abord une enquête menée auprès de nos membres,
- ensuite, en septembre 2004 dans le cadre du FIFF de Namur, un colloque où étaient conviés les représentants de tous les secteurs de la profession (ASA, SACD, UPFF, ARPF.DOC, ASCO, etc)
- enfin un travail approfondi de documentation (sur ce qui se faisait ailleurs) et de réflexion.

C'est donc au terme d'une véritable expertise que l'ARRF a imaginé mettre sur pied une structure de production qui permettrait de tourner des films spécifiquement écrits et conçus pour un MICROBUDGET tout en rémunérant un minimum les auteurs, acteurs et collaborateurs qui participent à ces aventures, à la différence des films "zero budget".

Ainsi est né le projet CINEASTES ASSOCIES, une structure coopérative émanant légitimement des cinéastes pour promouvoir un mode alternatif de développement, de production et de réalisation d'oeuvres audiovisuelles.